mercredi 24 septembre 2014

Ma Cousine Rachel - Daphne du Maurier (Grande-Bretagne)

My Cousin Rachel
Traduction : Denise Van Moppès
Notre Opinion
Personnages


L'incipit du roman :
Citation :
[...] ... Dans l'ancien temps, on pendait les gens au carrefour des Quatre-Chemins.

On ne le fait plus.
Maintenant, quand un assassin paie sa dette à la société, cela se passe à Bodmin, après jugement en due forme aux assises. Je parle des cas où la loi le condamne avant que sa propre conscience ne l'ait tué. C'est mieux ainsi. Cela ressemble à une opération chirurgicale, et le cadavre reçoit une sépulture décente bien que la tombe reste anonyme. Dans mon enfance, il en allait autrement. Je me rappelle avoir vu, petit garçon, un homme enchaîné et pendu au carrefour où se croisent les quatre chemins. Son visage et son corps étaient enduits de goudron afin d'en retarder la corruption. Il resta pendu là cinq semaines avant d'être décroché et ce fut la quatrième semaine que je le vis.

Il se balançait sur son gibet, entre ciel et terre, ou, comme me le dit mon cousin Ambrose, entre ciel et enfer. Il n'atteindrait jamais le ciel et l'enfer qu'il avait connu était perdu pour lui.
Ambrose toucha le cadavre du bout de sa canne. Je le vois encore, remuant au vent comme une girouette sur un pivot rouillé, pauvre épouvantail qui avait été un homme. La pluie avait pourri sa culotte, sinon son corps, et des lambeaux de coutil se détachaient, comme des bandes de papier, de ses membres enflés.

C'était l'hiver et un passant facétieux avait enfoncé une branche dans le gilet déchiré, à l'occasion des fêtes. Je ne sais pourquoi cette plaisanterie apparut à mes yeux de sept ans comme le suprême outrage, mais je ne dis rien. Ambrose avait dû m'emmener là dans un dessein précis, peut-être pour éprouver mes nerfs, pour voir si je me sauverais, ou rirais, ou crierais. Etant tout ensemble pour moi un tuteur, un père, un frère, un conseiller, en fait tout mon univers, il me mettait continuellement à l'épreuve. Nous fîmes le tour du gibet, il m'en souvient, Ambrose taquinant le pendu avec sa canne ; puis il s'arrêta, alluma sa pie et posa la main sur mon épaule.

- "Tu vois, Philip," dit-il. "C'est là où nous finissons tous par arriver. Les uns sur un champ de bataille, d'autres dans leur lit, d'autres suivant leurs destins particuliers. On n'y échappe point. Il n'est jamais trop tôt pour apprendre cette leçon. Mais voilà comment finit un criminel. Que cela soit un avertissement à tous deux d'avoir à vivre sagement. " ... [...]
 
 
Rachel et Philip sont devenus amants. Lors d'une maladie du jeune homme, Rachel le soigne avec tendresse. Et pourtant, le doute hante Philip, notamment sur ses relations avec Rainaldi, son homme de confiance italien. Et un soir, profitant de ce que la jeune femme s'est endormie ...
Citation :
[...] ... Tard dans la nuit, bien après minuit, la laissant endormie, je revins dans le boudoir. Le mouchoir y était toujours mais la lettre [du supposé amant de Rachel] avait disparu. Je regardai la cheminée, il n'y avait pas de cendres dans l'âtre. J'ouvris les tiroirs du bureau, y trouvai tous ses papiers en ordre, mais de lettre point. Elle n'était ni dans le classeur ni dans aucun des petits tiroirs que j'ouvris. Un seul était fermé à clef. Je pris mon couteau et le glissai dans la fente. J'y aperçus quelque chose de blanc. J'allai à ma chambre, pris mon trousseau de clefs sur ma table de chevet et essayai la plus petite. Elle tourna, le tiroir s'ouvrit. J'y mis la main et en sortis une enveloppe, mais mon excitation fut déçue, car ce n'était pas la lettre de Rainaldi que je tenais entre mes doigts, mais une simple enveloppe contenant des cosses remplies de graines. Les graines s'échappèrent des cosses et se répandirent par terre. Elles étaient vertes et très petites. Je les regardai et me rappelai en avoir déjà vues de semblables. Elles étaient de la même espèce que celles que Tamlyn [le jardinier] avait jetées par dessus son épaule et que celles qui jonchaient le sol de la cour de la villa Sangaletti et que la servante avait balayées.

C'étaient des graines de cytise, poison pour le bétail et pour l'homme. ... [...]

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