Pourtant, à la longue, Napoléon III opte pour l'amnistie. Mais Hugo, qui, pour reprendre le mot mi-exaspéré, mi-attendri d'Edmond de Goncourt,
"se prend maintenant pour Dieu le Père", ne l'entend pas de cette
oreille. "S'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !" répond-il
triomphalement, par-delà la Manche, à celui qu'il a désigné comme son
ennemi juré.
A Jersey, où il a entraîné toute sa famille - et notamment la malheureuse Adèle, sa cadette - dans son exil, il fait tourner les tables dans l'espoir de renouer avec l'esprit de sa fille, Léopoldine. Il faut bien dire que le spiritisme est très en vogue à l'époque. Mais en lieu et place des mânes de Léopoldine, se présentent celles d'Aristote, de Platon, de Napoléon Ier (bien sûr) et d'autres "grands hommes" qui, tout "grands hommes" qu'ils ont été, offrent la curieuse particularité de s'exprimer dans le style hugolien - un style, on en conviendra, aisément reconnaissable.
Après les critiques exprimées par le poète sur la reine Victoria, tout le monde - tables tournantes y compris - déménage pour Hauteville House, à Guernesey. Hugo a retrouvé le goût de l'écriture : "Les Châtiments", "La Légende des Siècles" et enfin le monumental "Les Misérables" datent de cette époque. Enfin, pour rendre hommage aux gens de Guernesey, Hugo donne "Les Travailleurs de la Mer" - en 1866.
Alors, que dire de cette nouvelle fécondité littéraire ? Si le style poétique demeure sans reproche et toujours aussi puissant, la prose du Maître passe toujours aussi mal. N'ayons pas peur des mots : elle vieillit très mal. Certes, de temps à autre, entre deux digressions qui font passer Balzac pour un prince de la concision, coincée entre deux scènes épouvantablement alambiquées et mélodramatiques dont certaines frôlent les excès du Grand-Guignol, on découvre une perle - comme les derniers mots sur la mort de Gavroche, par exemple, ou encore sur la mort de Jean Valjean.
Oui, osons le dire, osons l'écrire : tout au long de sa vie, Victor Hugo fut et demeura un détestable prosateur. Avec les années et son intérêt de plus en plus grand pour la politique, ses romans ne sont plus que de gigantesques salades où se mêlent idées philosophiques, utopiques et révolutionnaires - en tous cas pour son époque.
A Jersey, où il a entraîné toute sa famille - et notamment la malheureuse Adèle, sa cadette - dans son exil, il fait tourner les tables dans l'espoir de renouer avec l'esprit de sa fille, Léopoldine. Il faut bien dire que le spiritisme est très en vogue à l'époque. Mais en lieu et place des mânes de Léopoldine, se présentent celles d'Aristote, de Platon, de Napoléon Ier (bien sûr) et d'autres "grands hommes" qui, tout "grands hommes" qu'ils ont été, offrent la curieuse particularité de s'exprimer dans le style hugolien - un style, on en conviendra, aisément reconnaissable.
Après les critiques exprimées par le poète sur la reine Victoria, tout le monde - tables tournantes y compris - déménage pour Hauteville House, à Guernesey. Hugo a retrouvé le goût de l'écriture : "Les Châtiments", "La Légende des Siècles" et enfin le monumental "Les Misérables" datent de cette époque. Enfin, pour rendre hommage aux gens de Guernesey, Hugo donne "Les Travailleurs de la Mer" - en 1866.
Alors, que dire de cette nouvelle fécondité littéraire ? Si le style poétique demeure sans reproche et toujours aussi puissant, la prose du Maître passe toujours aussi mal. N'ayons pas peur des mots : elle vieillit très mal. Certes, de temps à autre, entre deux digressions qui font passer Balzac pour un prince de la concision, coincée entre deux scènes épouvantablement alambiquées et mélodramatiques dont certaines frôlent les excès du Grand-Guignol, on découvre une perle - comme les derniers mots sur la mort de Gavroche, par exemple, ou encore sur la mort de Jean Valjean.
Oui, osons le dire, osons l'écrire : tout au long de sa vie, Victor Hugo fut et demeura un détestable prosateur. Avec les années et son intérêt de plus en plus grand pour la politique, ses romans ne sont plus que de gigantesques salades où se mêlent idées philosophiques, utopiques et révolutionnaires - en tous cas pour son époque.
La défaite de Sedan et la chute du IIIème Empire permettent à Hugo de rentrer au pays sans perdre pour autant sa dignité. Les
Parisiens lui font un triomphe et le vieil homme se déclare partant
pour participer à la défense de Paris assiégé. Son fils étant mort
entretemps, il doit repartir à Bruxelles pour des histoires de
succession et c'est donc dans la capitale belge que le surprend l'annonce de la Commune.
Il observera de loin les combats, blâmant aussi bien les excès des Communards que la répression menée par Thiers. Il est bien Dieu le Père et se veut au-dessus de tous et de tout. Il donne son avis, distribue les blâmes et les bons points mais ne s'implique que moralement et intellectuellement. L'âge est là, il est vrai : Victor Hugo a soixante-neuf ans. C'est d'ailleurs en pleine cure thermale, à Mondorf-les-Bains, au Luxembourg, qu'il achève "L'Année Terrible."
L'année suivante, il est à Guernesey, où il termine "Quatre-Vingt-Treize", roman sur la Révolution française et la Terreur. Revenu à Paris en 1873, il rouvre son salon, y accueille politiciens et écrivains. Elu sénateur en 1876, il milite pour l'amnistie des communards.
En 1878, une première congestion cérébrale le contraint à aller se reposer à Guernesey. Il n'écrit plus mais publie des textes qui, jusque là, n'avaient pas été rassemblés.
Les années qu'il lui reste à vivre peaufinent sa légende. Gloire nationale et même universelle de la Littérature, il meurt le 22 mai 1885, dans son hôtel particulier, à Paris. La tradition veut que, cherchant jusqu'au bout à se démarquer des autres, il aurait eu ces dernières paroles : " ... Je vois une lumière noire ..." Homme de théâtre aussi jusqu'au bout, il avait exigé d'être conduit à sa dernière demeure dans le corbillard des pauvres et lors d'une cérémonie civile. La IIIème République le fit très tôt entrer au Panthéon, où ce monument incontesté de notre littérature repose certainement avec la plus vive satisfaction.
Poète de génie, dramaturge novateur (même s'il est difficile à jouer de nos jours), romancier verbeux, époux égoïste, père tyrannique, dessinateur halluciné, macho compulsif, politicien madré, obsédé sexuel, notable reconnu, vieillard libidineux, idole vivante, opportuniste-né, chantre d'une certaine "bien-pensance" et ego monstrueux, Victor Hugo est tout cela. Le rappeler ne signifie en aucun cas qu'on n'apprécie pas certains pans de son oeuvre et cette noblesse sans pareille dont il sut parer les meilleurs de ses vers.
Il observera de loin les combats, blâmant aussi bien les excès des Communards que la répression menée par Thiers. Il est bien Dieu le Père et se veut au-dessus de tous et de tout. Il donne son avis, distribue les blâmes et les bons points mais ne s'implique que moralement et intellectuellement. L'âge est là, il est vrai : Victor Hugo a soixante-neuf ans. C'est d'ailleurs en pleine cure thermale, à Mondorf-les-Bains, au Luxembourg, qu'il achève "L'Année Terrible."
L'année suivante, il est à Guernesey, où il termine "Quatre-Vingt-Treize", roman sur la Révolution française et la Terreur. Revenu à Paris en 1873, il rouvre son salon, y accueille politiciens et écrivains. Elu sénateur en 1876, il milite pour l'amnistie des communards.
En 1878, une première congestion cérébrale le contraint à aller se reposer à Guernesey. Il n'écrit plus mais publie des textes qui, jusque là, n'avaient pas été rassemblés.
Les années qu'il lui reste à vivre peaufinent sa légende. Gloire nationale et même universelle de la Littérature, il meurt le 22 mai 1885, dans son hôtel particulier, à Paris. La tradition veut que, cherchant jusqu'au bout à se démarquer des autres, il aurait eu ces dernières paroles : " ... Je vois une lumière noire ..." Homme de théâtre aussi jusqu'au bout, il avait exigé d'être conduit à sa dernière demeure dans le corbillard des pauvres et lors d'une cérémonie civile. La IIIème République le fit très tôt entrer au Panthéon, où ce monument incontesté de notre littérature repose certainement avec la plus vive satisfaction.
Poète de génie, dramaturge novateur (même s'il est difficile à jouer de nos jours), romancier verbeux, époux égoïste, père tyrannique, dessinateur halluciné, macho compulsif, politicien madré, obsédé sexuel, notable reconnu, vieillard libidineux, idole vivante, opportuniste-né, chantre d'une certaine "bien-pensance" et ego monstrueux, Victor Hugo est tout cela. Le rappeler ne signifie en aucun cas qu'on n'apprécie pas certains pans de son oeuvre et cette noblesse sans pareille dont il sut parer les meilleurs de ses vers.
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